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Les Amis de la Maison Fournaise
à Chatou


La Seine

Histoire

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"Monsieur Fournaise, dit l'Homme à la pipe" - Renoir, 1875, Sterling and Francine Clark Art Institute Williamstown - Mass.

Histoire de la Maison Fournaise.
La facilité de se rendre à Chatou par le chemin de fer construit en 1837 contribua à l'essor du canotage sur la Seine d'Argenteuil à Bougival.

La famille Fournaise.
Alphonse Fournaise, issu d'une famille de mariniers et de charpentiers fixée à Chatou, s'installa dans l'île vers 1857. Il sut très vite développer ses affaires et profiter de la vogue du canotage. Vers 1860, il commence à lancer le restaurant qui devait porter son nom et procéda à plusieurs constructions et adjonctions jusqu'en 1877, date à laquelle fut édifié le nouveau et large balcon qui allait devenir célèbre, ainsi que la terrasse le prolongeant. Madame Fournaise veillait à la perfection de la cuisine ; Alphonse père s'occupait de la construction des canots, de l'organisation des fêtes nautiques et de l'intendance. Alphonse fils était chargé de la vente, de la location et de l'entretien des bateaux. Alphonsine, sa sœur, fut l'attrait de la maison. Elle était remarquée par la grâce de son accueil, sa beauté et son charme.


 
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"Le déjeuner des Rameurs", Renoir, 1875, Art Institute of Chicago

Les peintres, les écrivains à Chatou.
La maison Fournaise devint le lieu de rencontres des peintres, des gens de lettres, des personnalités de la politique et de la finance. Les peintres impressionnistes, amateurs de grand air, admirateurs de la lumière et de ses reflets sur l'eau, trouvèrent sur l'île les éléments qu'ils recherchaient. Monet, Sisley, Berthe Morisot, Pissarro, Whistler fréquentèrent l'île. Gustave Caillebotte, peintre fortuné, y posséda plusieurs bateaux. Il initia ses amis au canot et à la voile : Degas et son ami le Comte Lepic, A.Gautier, Leloir et bien d'autres moins connus furent des habitués. Renoir fréquenta assidûment le Restaurant Fournaise de 1868 à 1884. « J'étais toujours fourré chez Fournaise, j'y trouvais autant de superbes filles à peindre que je pouvais en désirer ». De nombreuses toiles de Renoir montrent la Seine à Chatou et ses ponts, les canotiers ; l'un des plus célèbres tableaux fut celui où il fit poser ses amis sur le balcon du restaurant et qui fut intitulé «Le déjeuner des canotiers». On y reconnaît entre autres, Alphonse Fournaise fils et sa sœur Alphonsine (Phillips Collection, Washington). Maurice Realier-Dumas, jeune peintre qui habitait à Chatou, vint retrouver les artistes et une idylle se noua avec Alphonsine, idylle qui dura 50 ans. Il peignit quatre compositions sur les murs extérieurs du restaurant, Les quatre âges de la vie, fresques restaurées à ce jour. Beaucoup d'artistes s'amusèrent à décorer les portes, les murs du porche ou de la terrasse et y écrivirent des vers. Parmi les écrivains, l'un d'eux fut également sensibilisé par la beauté du site, c'est Guy de Maupassant. Il fut un passionné du canotage à Chatou entre 1873 et 1890 et prit souvent pension chez Fournaise qu'il appela « le restaurant Grillon » (La Femme de Paul). Dans ses autres nouvelles : Mouche, Sur l'eau, Essai d'amour, Yvette, il décrivit admirablement la Seine, le canotage, la Grenouillère et sa faune. « Ma grande, ma seule, mon absorbante passion, pendant dix ans, ce fut la Seine ». Mais à la fin du siècle, la mode changea, le vélo supplanta en partie le canot. En 1900, Vlaminck et Derain, créateurs de l'école de Chatou et du fauvisme, s'installèrent dans une salle délabrée du Restaurant Levanneur, passé de mode, près de la Maison Fournaise. Matisse, Guillaume Apollinaire les fréquentèrent. Paul Poiret, le grand couturier, les rencontre régulièrement. Il écrivit : « Je me sauvais à Chatou chaque fois que je pouvais me reposer ». Il s'y livra au plaisir du bateau à voiles et fut un des piliers du club nautique fondé en 1902 et animé par les frères Monnot. Alphonsine ferma le restaurant vers 1906. Elle s'éteignit en 1937, âgée de 91 ans. Elle légua sa maison à des cousines qui tenaient un autre Restaurant Fournaise à Rueil-Malmaison. La maison Fournaise fut vendue à un nouveau propriétaire en 1953. Les bâtiments subirent des transformations intérieures : treize logements précaires. L'absence d'entretien entraîna des dégradations importantes.

La maison Fournaise de nos jours.
Pour sauver la maison Fournaise qui menaçait de tomber en ruine, la Ville de Chatou décida son acquisition en 1979. La seconde mesure de sauvegarde fut l'inscription à l'inventaire des Monuments Historiques en 1981. L'Association de Amis de la maison Fournaise fut créée dès 1981 pour rechercher auprès du public des fonds complémentaires, faire connaître l'œuvre de restauration et rassembler tous les documents utiles à son histoire. Puis la Ville entreprit par tranches successives les travaux de réhabilitation de l'ensemble des bâtiments avec l'aide de l'Etat, de la Région, du Département et de l'Association des Amis de la maison Fournaise. La ferronnerie du balcon a été restaurée avec l'aide des Friends of French Art de Los Angeles (USA). Après une longue période de rénovation, les façades ont retrouvé l'aspect qu'elles avaient à l'apogée du restaurant vers 1880. Le décor mural extérieur ainsi que celui de la salle principale de restaurant ont pu être restaurés ou reconstitués en grande partie. Le restaurant rénové a retrouvé sa vocation depuis 1990. Un musée municipal a été aménagé pour évoquer la mémoire des lieux. Il est ouvert depuis 1992.